Le Cercle Colbert sur un ancien cimetière devenu école de Médecine

 

mini ST PIERRE LE VIEIL

 « Historiologue »de la Commune libre, Patrick Demouy  a donné une intéressante conférence sur le thème "Préhistoire du Cercle Colbert, notre mairie".

Surprise,  surprise,  tout d’abord en apprenant que le Cercle Colbert a été construit sur l’ancien cimetière de la paroisse de Saint-Pierre-Le-Vieil située hors des enceintes de la ville du Bas Empire et du Haut Moyen-Age dont la muraille passait entre l’actuelle rue des Telliers et la rue Talleyrand (1). Entouré d’un long mur de 248 m de longueur le cimetière arboré et enherbé d’une surface de 3.776m2 possédait une petite chapelle de 10m x 5m dédiée à Saint-Martin.

La paroisse Saint-Pierre-Le-Viel,  comme plusieurs autres paroisses,  fut supprimée suite à la Révolution. Tous ses biens furent vendus aux enchères. C’est Nicolas Noël (1746-1832) qui racheta le cimetière. Drôle d’acquisition  pour cet ancien chirurgien major de l’armée de Washington qui participa de 1776 à 1782 aux côtés de Lafayette à la guerre d’Indépendance de l’Amérique. Nommé en 1784 chirurgien chef de l’Hôtel-Dieu (l’actuel palais de justice)pour succéder au Dr Caqué dont il épousa la fille Jeanne-Françoise, Nicolas Noël décida d’utiliser ce singulier espace pour y créer dès 1799 « une école gratuite de l’art de guérir », pour remplacer la fac de médecine supprimée.

Cours gratuits et soins aux pauvres

Le chirurgien investit le cimetière pour en faire une école de Médecine et « dans ce  lieu jadis redouté qui dévorait la race humaine, Esculape chassant la mort de son domaine érige un temple de la santé. » Le personnage facétieux étonne . On rapporte qu’il avait installé un curieux système à l’entrée du cimetière. Quand on tirait le cordon pour ouvrir la porte de la nécropole,  le visiteur avait la surprise de voir alors s’agiter un imposant squelette. Celui, immense de la fameuse Grande Jeannette, accusée d’avoir assassiner sept personnes en 1785 au moulin de Cuissat (Prouilly)et condamnée au supplice de la roue Place des Coutures (Erlon). La dernière personne à être torturée publiquement en France(2). Nicolas Noël inquiète aussi : on lui reproche d’empailler des corps et de lancer dans le ciel de curieux ballons lumineux remplis d’artifices. Mais en vérité, le chirurgien en chef est surtout un philantrophe.

Cours gratuits pour les étudiants, visites et soins gratuits pour les pauvres,  il utilise la chapelle pour y donner dès 1801 des cours d’anatomie, des cours de physiologie, d’accouchement mais aussi de botanique. En effet, au fond du cimetière le chef jardinier Jean-Baptiste Loitron avait créé un superbe jardin botanique fort de près de 1600 plantes diverses, avec aussi une serre chaude avec caféier et canne à sucre et au fond de la parcelle, un jardin anglais avec déco des îles Lipari et grottes dans laquelle les enfants  pouvaient venir s’amuser le jeudi.

Atteint d’un cancer à l’estomac, Nicolas Noël s’éteint en 1832 à l’âge de 86 ans.  Négligé, le jardin botanique est fermé en 1835. Les remparts qui le sépare de la ville sont détruits en 1846. Quant au cimetière, les sépultures furent transférées en 1789 dans le nouveau cimetière de la ville. Le cimetière du Nord dans lequel repose d’ailleurs Nicolas  Noël (canton 22). Sa tombe est à l’état complet d’abandon constatait en 1998 son conservateur Alphonse Rocha.

Un étonnant pré-testament

Facétieux, Nicolas Noël l'a été jusqu'à son dernier souffle. En témoigne son pré-Testament dans lequel on peut lire: 
"Comme c'est indubitablement en rendant le dernier soupir que notre âme abandonne notre corps,je me propose,quelques jours avant d'expirer,de la faire partir pour aller dans les limbes me retenir une place en attendant la résurrection!De sorte que le joir de ma mort le diable friand d'âmes philosophiques accourra un peu avant,croyant faire une bonne capture et il ne trouvera qu'un corps sans âme.J'aurai par ce plaisant stratagème,sauvé mon âme des griffes du diable et conséquemment de la condamnation éternelle.
Je donne à Loitron mon jardinier 30 bouteilles de bon vin ordinaire et 20 à Catherine ma cuisinière pour l'un et l'autre en boire un verre de temps en temps en mémoire et réjouissance du bon tour que j'aurai joué au diable."(3)

(1)L’église de Saint-Pierre-Le-Vieil elle, était située à la hauteur de l’actuelle Cadran-Saint-Pierre. Elle fut transformée en carrières de pierres par les révolutionnaires.

(2)Le squelette de la Grande Jeannette a servi ensuite pendant des décenies pour former les étudiants en médecine rémois.

(3)Cf.article de Ch.Givelet,Travaux de l'Académie Nationale de Reims,t.115.