• A lire dans l'Hebdo du vendredi

    Quelques lignes contre le simplisme

    Sous la rubrique Humeur, le gratte papier de la feuille de chou gratuite locale (paraissant le jour du poisson, il n'y a pas de hasard) a pris le parti d'allumer la Commune libre au prétexte que son président Pierre Longuet s'est permis de dire tout haut ce que la quasi totalité des adhérents de cette association peuvent penser. 

    Le propos du journaliste

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    Anna + Peter Happy Hendings Bar (détail) 2010. Technique mixte. Dimensions variables. Fonds régional d'art contemporain de Champagne-Ardenne. (© Isabelle Giovacchini)
Après avoir lu le texte de Jean-Claude Philipot, intitulé « un écrin pour de la merde », j’ai voulu voir par moi-même. Evidemment, non, puisque je sais bien que l’écrin en question, le Fonds régional d’art contemporain (Frac), que le « chargé du projet de la liste Reims Bleu Marine pour les municipales 2014 » - en clair, le directeur de campagne FN, mais c’est trop simple -, rebaptise « Front » - l’habitude sans doute -, est fermé pour travaux depuis la fin avril et jusqu’en septembre 2014.
En attendant, le Frac expose ses trente ans un peu partout, dans les caves du Domaine Pommery actuellement. Bref, comme il est fermé, on peut s’interroger sur la pertinence du moment choisi pour délivrer cette lettre contre le Frac en particulier et l’art contemporain en général. Jean-Claude Philipot se rattrape en n’oubliant pas les « espèces de totem » de Christian Lapie installées dans les rues de Reims. A gros sabots, Jean-Claude Philipot assène les questions : « Combien de dizaines, centaines de milliers d’euros pour l’acquisition de collections de ce type ? Combien de crédits publics, donc issus de nos impôts ? » L’argument est facile et trouvera des oreilles, celles qui ne voient pas, derrière la culture, une dizaine de milliers d’emplois en Champagne-Ardenne, des spectateurs qui se déplacent et les retombées économiques qui vont avec.
Provocateur à souhait, Pierre Longuet, le « maire » de la « commune libre » du Boulingrin, a-t-il sciemment fait écho aux propos de Jean-Claude Philipot, en regrettant lundi soir l’argent public dépensé pour l’ouverture de Reims Scènes d’Europe dans son quartier : « Tout cela pour un piou-piou, avec chant de pinson et cinq ballons gonflés à l’hélium. On aurait pu servir combien de repas avec l’Ordre de Malte avec cette somme ? » Quand la « commune libre » reste à sa place de blague de potache, tout va bien. Quand elle fait vraiment de la politique, il faut voir un peu plus loin, non ? Parce que, peut-être, l’ouverture de Reims Scènes d’Europe au Boulingrin a fait se déplacer uniquement pour le fait culturel des visiteurs d’un soir qui auront envie de faire les courses aux halles un vendredi de marché ou un tour du quartier un samedi après-midi, ça ne lui ferait pas de mal. Et, du coup, ces nouveaux venus dans le quartier donneront-ils quelques pièces supplémentaires à l’Ordre de Malte, comme aux commerces. La culture est, aussi, un élément de l’attractivité d’un territoire, y compris une « commune libre ». Je l’écris pour être sûr qu’on ne lise pas dans ces lignes une relation linéaire : je n’associe absolument pas Pierre Longuet ni la « commune libre » du Boulingrin à Jean-Claude Philipot ou au Front national. Ces deux derniers, bien associés, ça relève en revanche de l’équation qui ne tombe pas juste. Jean-Claude Philipot parait plutôt haut placé dans l’organigramme de Civitas, l’association catholique intégriste. Or, le Front national condamne officiellement Civitas. Alors, que fait Jean-Claude Philipot au FN ? Je sens qu’on va m’accuser de simplisme… Dans le projet du Front national, au chapitre culture, pas un mot sur la création contemporaine non vivante. Le FN y évoque le théâtre, le cinéma, la télévision, le livre, la langue française, s’approprie l’exception culturelle française, « n’étant rien d’autre que la priorité nationale appliquée à la culture ». Une exception culturelle qui repose notamment sur le statut unique des intermittents du spectacle, qui savent très bien ce qu’on pense de ce régime au FN… La valorisation du patrimoine figure aussi dans le projet : « La défense du patrimoine sera remise au premier plan, qu’il s’agisse des monuments historiques ou du patrimoine rural (églises ou autres), faisant l’objet d’un plan d’urgence. (…) » Un peu court sur le patrimoine existant, mais rien sur l’art contemporain, pas une ligne. Si la France avait mené une telle politique culturelle dans le passé, il n’y aurait aucun patrimoine à défendre aujourd’hui. Que d’économies !
Pour me faire comprendre, je conclus, simplement : l’art contemporain, c’est le patrimoine de demain. La culture, c’est l’ouverture d’esprit.